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Si
Rome m’était contée…
À la grande surprise du voyageur,
le Maroc offre plusieurs sites de ruines antiques
où les architectes romains donnèrent
libre cours au style monumental qu’ils affectionnaient.
Les Romains se fixèrent dans des villes préexistantes,
maritimes (Tingis, Lixus), ou agricoles (Volubilis).
Sur les restes de constructions phéniciennes
et carthaginoises, ils cherchèrent à
reproduire le cadre architectural de la cité-mère,
bâtissant des thermes, des capitoles, des forums,
voire des arcs de triomphe que les fouilles archéologiques
du XXe siècle vont particulièrement
bien dégager. À la périphérie
des grands centres urbains actuels - Meknès,
Rabat, Larache ou Kénitra - il est ainsi donné
au voyageur de pénétrer au cœur
de l’antique tradition latine. En revanche,
nulle trace d’occupation romaine dans les hautes
plaines et les régions montagneuses. À
la différence du Maghreb central et oriental,
la romanisation s'est restreinte aux zones utiles
et aisément accessibles du pays.
Dès la plus haute antiquité,
le littoral marocain participe de l’activité
méditerranéenne. Les Phéniciens
accostent en Afrique du Nord au début du Ier
millénaire avant J.-C. et fondent un grand
nombre de comptoirs sur les côtes. Ce sont des
marins et des commerçants : ils s’aventurent
peu à l’intérieur des terres.
Plus offensifs, les Carthaginois tracent une voie
de pénétration intérieure jusqu’à
Volubilis. Vers
40 après J.-C., le royaume de Maurétanie
est annexé à l’Empire et scindé,
de part et d’autre de la Moulouya, en deux provinces
: à l’est la Maurétanie césarienne,
à l’ouest la Maurétanie tingitane,
du nom de la ville de Tingis (Tanger). Entre ces deux
Maurétanies, il n’y a pas de liaison
permanente, ni de voie aménagée. Pas
plus que leurs prédécesseurs, les Romains
ne souhaitent acquérir de larges territoires,
ni assumer le gouvernement des peuples parmi lesquels
ils bâtissent leurs cités. Préoccupés
de réduire au minimum les frais de leur occupation,
d’éviter les montagnes et les steppes
stériles, ils sont bien davantage intéressés
par l’exploitation des ressources naturelles
: chasse, pêche, salaisons, culture de l’olivier
et fabrication de l’huile, culture de la vigne,
exploitation des mines susceptibles de leur assurer
des transactions commerciales profitables. Leurs garnisons
sont peu nombreuses. Pour protéger leurs cités
des convoitises des nomades, ils ne construisent pas
de « limes » (frontière militaire)
continu et puissant.
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| Les
colonies romaines de Volubilis, Sala, Tingis, Banasa
ou Zilis gardent une existence indépendante
de celle des tribus qui les environnent. Elles se
dotent d’institutions municipales copiant celles
de Rome. Leurs citoyens reçoivent les mêmes
droits. Mais, hormis les hauts fonctionnaires, les
grands propriétaires, quelques marchands, les
officiers et leurs troupes, la population y demeure
presque exclusivement formée de Berbères.
De même que le paganisme romain est très
vite profondément africanisé (le christianisme
n’apparaît que vers la fin du IIIe siècle),
la langue latine n’éclipse pas l’usage
du punique ou du libyque (berbère) et ne survivra
pas à la domination politique de Rome. Dans
l’ensemble, la civilisation romaine se heurte
à l’influence punique qui lui préexistait.
Volubilis, cité-modèle
Au nord de la cité impériale de Meknès,
occupant le cœur du « vieux Maroc »,
les ruines de Volubilis, du nom berbère latinisé
walili, « laurier rose » (toponyme arabe
: Ksar Pharaoun), forment le site le plus prestigieux
de la Maurétanie tingitane. Dominant la vallée
de l’oued Khroumane, elles se déploient
sur une quarantaine d’hectares, et l'on y accède
depuis Meknès par une jolie route de campagne
qui serpente au milieu des jardins et des champs.
Volubilis était une ville importante bien avant
l’annexion à Rome : des vestiges de constructions
carthaginoises ont été découverts
sous les édifices des IIe et IIIe siècles.
Les fouilles ont dégagé un capitole,
un arc de triomphe, un forum, un palais, une basilique,
des rues, des maisons particulières, des thermes,
des locaux commerciaux (boutiques, auberges) et industriels,
huileries et boulangeries, qui témoignent d’une
activité économique centrée sur
la culture du blé et de l’olivier. Malgré
le plan très complexe de la ville, elles ont
mis au jour deux voies principales, l’une nord-sud,
l’autre est-ouest, qui se croisaient au forum,
place rectangulaire entourée de portiques ouvrant
sur les temples, les salles d’administration
et la basilique. Elles ont révélé,
de part et d’autre du centre monumental, deux
quartiers distincts : en position d’éperon,
un quartier d’époque préromaine,
aux rues étroites et au plan irrégulier
; en terrain plat, un quartier d’architecture
proprement romaine, aux voies
larges et au plan géométrique. Les habitations
présentaient le plan habituel des maisons de
l’Empire : un vestibule desservait des pièces
ouvertes sur un patio pourvu d’un bassin et
entouré de colonnes. Les plus riches demeures
comportaient un second patio, parfois une huilerie
et des thermes privés. Les mosaïques constituaient
l’élément majeur des ornements.
Certaines étaient faites sur place. D’autres,
qui représentaient des scènes mythologiques,
avaient vraisemblablement été fabriquées
en Italie. C’est là un des traits particuliers
de Volubilis : l’aristocratie romaine y importa
beaucoup de produits de luxe. Elle aimait s’entourer
de beaux objets de tradition hellénique, faisait
venir de Grèce ou d’Italie des vins et
toutes sortes de spécialités gastronomiques,
s’approvisionnait en tissus et parfums d’Orient,
achetait de la céramique à vernis rouge
en provenance de Gaule et d’Espagne. De cette
statuaire et de cet art mobilier restent le marbre
dit du « Jeune Berbère » (copie
d’un original grec du Ve siècle av J.-C.),
des décors de chapiteaux, des lambeaux de fresques,
des mosaïques, des monnaies frappées d’épis
et de grappes, et des bronzes conservés au
musée archéologique de Rabat.
Les Romains abandonnent Volubilis vers 285, on ne
sait trop pourquoi, les historiens réfutant
en tout cas l’hypothèse d’une attaque
des tribus voisines. En 681, les conquérants
abassides y installent une garnison mais en 788, les
Idrissides lui préfèrent le site voisin
de Moulay Idriss pour établir leur capitale.
Volubilis doit alors attendre les premières
fouilles archéologiques, en 1915, pour de nouveau
attirer les regards. Mais depuis lors, la curiosité
ne cesse de croître pour cette cité que
l’on considère, malgré la romanisation
partielle de la Tingitane, comme l’une des plus
illustres de l’Afrique du Nord antique. Elle
est aujourd’hui classée au Patrimoine
mondial de l’Unesco.
Bibliographie
Histoire du Maroc, Hatier, 1967.
C.-A. Julien, Histoire de l’Afrique du Nord,
Payot, 1951.
A. Jodin, Volubilis regia Jubae : contribution à
l’étude des civilisations du Maroc antique
préclaudien, Université de Bordeaux
III, 1987.
M. Benabou, La résistance africaine à
la romanisation, Maspéro, 1976.
J. Carcopino, Le Maroc antique, Gallimard, 1943.
R. Thouvenot, Volubilis, Les Belles Lettres, 1949.
Les sites du littoral
Un camp militaire romain remanié à la
fin du IIIe siècle a été exhumé
à Tamuda, près de Tétouan. De
Tingis ne restent pas de monuments bien spectaculaires
: les fouilles ont dégagé des débris
d’aqueducs, de chapiteaux et de colonnes, quelques
mosaïques et divers objets et statues aujourd’hui
exposés dans les musées archéologiques
de Tétouan et de Rabat. À Zilis (Asilah)
ont été découverts un ensemble
de temples comportant des thermes, des maisons, un
odéon et une enceinte, ainsi qu’une basilique
chrétienne du IVe siècle qui est le
seul vestige paléochrétien du Maroc.
Au nord de Kénitra, les sites de Banasa et
Thamusida comportent des temples, des thermes, des
maisons d’habitation et des installations artisanales,
notamment des ateliers de céramique. À
Rabat, le site du Chellah (ancienne ville romaine
de Sala Colonia) présente, comme à Volubilis,
les ruines d’un arc de triomphe à trois
baies, d’un forum et d’une fontaine monumentale.
Face à la ville moderne de Larache, Lixus possède
quant à elle le seul théâtre-amphithéâtre
du Maroc. Dotée d’un important complexe
industriel de salaisons, elle fut probablement la
cité antique la plus importante de la côte
atlantique.
Texte : Corinne verner
Photos : Cécile Tréal & Jean-Michel
Ruiz
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