L’orfèvre
aux mains d’argent…
Anneaux, diadèmes, boucles d’oreilles, colliers,
fibules, bracelets, pendentifs, bagues, ceintures… Qu’ils
soient utilitaires, ornementaux, prophylactiques ou identitaires,
les bijoux berbères sont, depuis la nuit des temps,
le symbole d’une culture et d’un raffinement portés
très haut par les femmes. Mais dans les mains de Larbi
Oubihi, les savoir-faire ancestraux du monde rural se font
plus créatifs encore…
Entre pinces, marteaux, ciseaux, polisseuse, compas, poinçons,
four, chalumeau et poudres d’émail, le rez-de-chaussée
de la maison de Tiznit est, sur quelques mètres carrés,
l’épicentre d’une force créatrice
qui bouleverse en filigrane les canons d’une tradition
millénaire. C’est en effet à l’abri
des remparts de la capitale des bijoutiers que Larbi Oubihi,
Berbère originaire d’Asni dans le Haut-Atlas,
donne naissance à des œuvres faites d’argent
- nnouqert -, le seul métal précieux utilisé
par les orfèvres amazighs, principalement en raison
de ses vertus esthétiques, de ses propriétés
physico-chimiques, mais aussi en raison d’un prix
beaucoup moins élevé que celui de l’or.
Traditionnellement lourds et ostentatoires, ces bijoux,
des plus simples aux plus complexes pour les jours de cérémonie,
sont entre ses doigts réinterprétés
en toute liberté. Et si, comme ses homologues, il
rehausse ses créations d’ambre, de cuir, de
corail, de pierres semi-précieuses, de coquillages,
de tissus ou de pièces de monnaie, il se démarque
par une imagination sans bornes, nourrie dès l’enfance
par l’exemple de ses aînés. Car chez
les Oubihi, l’art de l’orfèvrerie est
une histoire de famille.
au-delà de la tradition...
Tout petit déjà, observant son père
à l’ouvrage, il sent monter en lui le désir
de s’affranchir de codes immuables, la volonté
de « faire différent ». On le laisse
alors donner libre cours à son imagination. Une vocation
était née…
Après avoir pris en considération la nature,
la taille, la couleur, les formes et les motifs selon une
conception esthétique qui lui est propre, le créateur
fera de chaque composition une pièce unique. De plus,
si les techniques de fabrication qui utilisent le feu, la
fusion, le choc, l’attaque, la soudure, le brasage,
le filigrane, le martelage, les granules, la gravure, le
ciselage, le niellage, le poinçonnage, le polissage…
sont communes à tous les artisans, il est le seul
à avoir développé des procédés
inédits auxquels même ses sept frères,
bijoutiers eux aussi, n’ont pas accès. La relève
du maâlem semble assurée. Du haut de ses quatorze
ans, son fils Mustapha fait déjà des merveilles.
Quand à celles de Larbi, elles se déclinent
indifféremment sur des caftans, des miroirs, des
coffres, des tables, des portes…
Les nombreux articles de presse qui tapissent les murs de
l’atelier en disent long sur la réputation
d’un artisan qui a également exposé
en France, en Norvège, en Mauritanie et a été
lauréat à Marrakech du Riad Art Expo 2007...
De la tête aux pieds…
Compléments indispensables du costume, objets du
paraître, symboles d’appartenance à une
tribu, protections contre la maladie, moyens de défense,
et généralement portés en plusieurs
exemplaires, les bijoux forment trois grandes familles :
les parures frontales, les parures pectorales, les anneaux
et les boucles. Les frontaux « tawnza » sont
constitués d’une ou de plusieurs plaques de
métal souvent émaillées. Les boucles
d’oreilles « tikhwersin » sont en fonction
de leur taille, soit enfilées dans le lobe de l’oreille,
soit maintenues, pour les plus grandes, par des liens de
textile, de cuir ou des chaînettes. Les fibules «
tizerzit » sont portées par paires. Elles sont
à la fois ornementales et fonctionnelles lorsqu’elles
fixent le haïk. Les colliers « tifoulout »,
à rang unique ou multiple sont suspendus ou attachés.
Les bagues « lftz » sont souvent agrémentées
de filigrane, d’une calotte, d’une plaque émaillée
ou d’une pâte de verre sertie. Les ceintures
« taoukst » sont parfois retenues par des fils
d’argent noués et sont faites d’assemblages
de plaques décorées. Les bracelets «
tenbelt », à la fois ornement et moyen de défense
grâce à leurs clous rectangulaires rivetés
ou à leurs cornes soudées, se portent en principe
par paires.
texte : Guillaume Rateau
Photos : Mathieu Gast