Connue
et cependant méconnue, ignorée par les
touristes et oubliée par les voyagistes, Casablanca
est la mal-aimée des villes marocaines. Est-ce
parce qu’ayant repris à l’Europe
les pires de ses plaies - circulation, pollution,
spéculation - elle est devenue si peu marocaine
? Le temps n’est pas loin, pourtant, où
elle fut l’une des plus belles villes du monde,
l’une des plus énergiques, des plus cosmopolites,
des plus inventives. Toutes les cultures - arabe,
berbère, juive, française, espagnole,
italienne - s’y rencontraient alors, tandis
que, comme sur une page blanche, des architectes de
génie y inventaient l’urbanisme moderne.
On ne le sait pas assez : cette Casa mythique n’est
pas morte. On la rencontre encore dans les immeubles
Art déco des anciens quartiers coloniaux, au
détour d’une ruelle des Habous, dans
le dédale interlope de sa médina. L’injustice
doit être réparée : malgré
ses rides, la Ville Blanche exerce encore une puissante
séduction, et si les touristes la négligent,
ce n’est pas à elle, mais à leur
manque de curiosité qu’il faut l’imputer.
Peut-être ne retrouvera-t-elle jamais son âge
d’or ; elle a en tout cas donné pour
toujours le ton au Maroc. Comme elle naguère,
c’est le pays tout entier qui s’est ouvert
sur le monde. En témoignent les festivals chaque
année plus nombreux, qui voient accourir de
tous les continents artistes, musiciens, écrivains
et intellectuels. Danseurs gnaouas et jazzmen américains,
luthistes de Tétouan et violonistes allemands,
cinéastes iraniens et conteurs berbères
se retrouvent à Tanger, Rabat, Essaouira ou
Marrakech, fiévreuse confrontation de talents
qui, tout au long de l’année - et surtout
au printemps - fait du Royaume un véritable
laboratoire d’expérimentations culturelles.
L’intelligence ou la beauté ? On les
oppose souvent. Or, le Maroc les possède toutes
les deux. C’est l’assurance qu’il
ne peut que confirmer pour longtemps son appartenance
au club très fermé des grands du tourisme
mondial.
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