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Mille et une nuits


Mille et une nuits

Kasbah Ellouze
L’accord parfait


Le saisissement est tel qu’on ne sait pas, au premier regard, ce qui éblouit le plus. Cette coulée verte – palmiers, amandiers, champs de luzerne et de henné – qui serpente au long de l’oued, tout au fond de l’étroite vallée ? L’ocre des flancs abrupts de la montagne, qu’embrase un soleil couchant incendiaire ? Ou bien cette kasbah en loques, encore si majestueuse pourtant, avec ses tours crénelées vacillantes, ses fenêtres béantes comme des orbites vides qui regardent sans les voir les palmiers et la mosaïque des jardins de l’oasis ? Ou encore ce village de pisé aux toits plats, jeu de cubes monochromes qui semble encore appartenir à la terre dont il a surgi ? On comprend en tout cas pourquoi Colette et Michel Guillen ont décidé que ce serait là, dans ce repli caché de l’Atlas, qu’ils poseraient pour toujours leurs bagages. Plus de route… Le goudron a rendu l’âme au loin, sur l’autre rive de l’oued. Au-delà du gué, l’antique piste caravanière par laquelle furent acheminés durant un millénaire l’or, le sel et les esclaves, part à l’assaut des cols, mince corniche suspendue dans le vertige minéral des canyons…
Ils ont fait construire leur maison au milieu du village, au pied de la vieille citadelle d’où les troupes du Glaoui veillaient encore, il y a quelques décennies, sur la sécurité des caravanes. Rien ne distingue la Kasbah Ellouze des maisons qui l’entourent, sinon la hauteur de sa façade et les tours qui encadrent ses terrasses. On est ici villageois parmi les villageois, Berbère parmi les Berbères. Le fellah qui passe devant la porte toujours ouverte vous salue de loin d’un sourire et d’un geste de la main. Sous vos fenêtres, une femme étend son linge, une chèvre broute sa ration de luzerne dans un coin de cour. Ce soir, si la journée n’a pas été trop dure, quelques hommes abandonneront bêches et truelles, mettront leurs plus beaux habits et viendront dans le patio avec leurs guembris et leurs tarijas pour jouer et chanter les très anciennes légendes de la vallée, tandis que l’un d’entre eux, dans sa longue jelleba blanche, dansera jusqu’à l’épuisement. Puis vous vous endormirez dans le silence de la montagne, immense comme celui de la mer…
Toute l’alchimie réussie d’Ellouze est dans l’harmonie voulue entre un lieu de vie conçu pour les Européens et un village aux modes de vie séculaires. Peut-être est-ce parce que Michel est musicien qu’il a trouvé d’instinct la note juste, qu’il a su sans hésiter jouer sa partition avec des potiers, des éleveurs de chèvres et des muletiers. On est chez lui dans l’univers familier du confort hôtelier – climatisation, chauffage, espaces ouverts ou intimes, service attentif – tout en vivant la réalité, et non l’illusion, d’une immersion dans un univers d’une déroutante authenticité…
Que dire d’autre, sinon que l’architecture intérieure – une cour centrale entourée sur deux façades d’une galerie à colonnades sur laquelle s’ouvrent salons au rez-de-chaussée et chambres à l’étage – la décoration – murs en pisé, plafonds en tataoui, tadellakt – reflètent toute l’élégante sobriété de l’art berbère ? Un hammam, un salon de musique, une terrasse panoramique avec barbecue,
un bar et enfin une table de belle qualité achèvent de placer la Kasbah Ellouze au rang des meilleures adresses du Sud marocain.
Les plus
Une gestion professionnelle
Une véritable immersion dans
la vie villageoise
Un remarquable rapport qualité/prix

Par Alexandre Villegruau
Photos Mathieu Gast

 

 

 

 




Dar Zemora
La beauté à l’état pur


Qui a dit que le paradis sur terre n’existait pas ? Je ne m’en souviens plus. Quoi qu’il en soit, c’était à tort. C’était ignorer qu’au détour d’une allée dans la palmeraie de Marrakech, attendait Dar Zemora. Dar Zemora et ses harmonies de couleurs, Dar Zemora et son raffinement niché dans les moindres recoins, Dar Zemora et son jardin tout en courbes et en recoins ombreux. Ah ! Dar Zemora…
Du salon aux canapés de sabra rayé, à travers la baie vitrée ouverte sur le parc, la Missa Hispanica de Haydn donne la réplique au pépiement guilleret des oiseaux. Dans les fauteuils club en cuir, on se love avec volupté, ravi de pouvoir enfin écouter le temps qui passe, profiter de l’instant rare, s’abandonner à la rêverie.
Trois chambres et deux suites – et même un pavillon privé – aux ambiances différentes et si personnelles. Difficile de choisir : pourquoi n’a-t-on pas ce don d’ubiquité grâce auquel Dar Zemora serait à nous, rien qu’à nous ? Oui, on s’en veut presque de n’en être pas l’unique hôte, de n’y être pas venu plus tôt. D’avoir tardé à connaître Valérie. Valérie ? Oui, la pétulante Valérie, véritable amoureuse du Maroc et hôtesse accomplie.
Cette maison d’hôtes n’en finit pas d’étonner. La suite Perla, son lit à baldaquin et sa terrasse inondée de soleil ; la suite Zahara et sa salle de bain aux si jolies vasques de pierre beige, son ouverture sur la piscine et son ravissant salon ; la chambre Bebra, ses applications de tataoui et sa cheminée ; la chambre Safra – qui, comme son nom l’indique, a opté pour des nuances de jaune – et l’élégante niche abritant la douche ; la chambre Massila au délicat sabra pourpre et or.
Et partout les lumières sont tamisées, l’éclairage savamment étudié : torches de cuivre poinçonné projetant à l’entour une dentelle scintillante, lanternes dessinant les allées et soulignant les contours du jardin. Même les liseuses se font discrètes, délicatement penchées sur le roman, la carte, le beau-livre… ou les toiles d’Abdelaziz Lkhattaf.
Et partout la décoration est raffinée, la sobriété miraculeu-sement sublimée : étuis de bouteille en cuir framboise ou marron glacé, petits coffres à mouchoirs en maillechort martelé, boîtes de tadellakt et fioles aux lignes épurées. Même les miroirs se font gentils sorciers, constellant de plumetis légers les pièces de beauté…
Un mot sur les repas : ils sont à la fois savoureux et légers.
En cuisine officient deux talents complémentaires qui proposent de goûter une cuisine marocaine ou européenne recherchée.
Heureuse idée, dans le salon-bibliothèque, entre beaux-livres, magazines et romans anglais, Valérie a disposé
des pièces d’artisanat marocain – certaines sont de sa création – que l’on peut même acheter. Enfin, pour un moment de pur bonheur, le petit pavillon au fond du jardin est un endroit à découvrir absolument pour… un massage au coin de la cheminée.
Qui a dit que le paradis sur terre n’existait pas ? Je ne m’en souviens plus. Mais, décidément, c’était à tort…

Les plus
L’accueil de Valérie
La distinction des salles de bain
La piscine à 27° toute l’année
Les pétales de rose sur les lits, les tables, les serviettes

PAR CAROLE BELAHRACH
PHOTO YOANN HERVET

 
   
   
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