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La Brasserie

Banquettes de velours rouge, miroirs gravés, lampes Belle Époque, dôme de verre peint, serveurs en longs tabliers blancs… Ajoutez-y les reflets de l’argenterie, le luisant éteint du bois ciré, la lueur bleutée du cognac flambant dans une casserole de cuivre, le tintement assourdi des verres, et cette odeur si particulière aux lieux de haute gourmandise, arômes mêlés de sauces, de pain chaud et de viandes rôties. Vous êtes, loin de Montparnasse ou de la Bastille, au rez-de-chaussée du Sofitel Diwan, dans la plus parisienne des brasseries de Rabat.
L’exotisme n’est qu’une question de latitude. Rien de plus dépaysant à Paris qu’un restaurant marocain déguisé en riad, et à Rabat qu’un clone de La Coupole ou de Bofinger. L’illusion, comme c’est trop souvent le cas, pourrait n’être donnée que par le décor. On la retrouve ici dans l’assiette, avec des produits parfaits qui semblent venir tout droit de Rungis, travaillés dans les règles de l’art. Foie gras maison, choucroute, confit de canard ou profiteroles sont exactement ce qu’on en attend : goûteux, roboratifs et délicats à la fois, servis avec la générosité qui convient aux vrais appétits. Les gourmets ne s’y trompent pas : c’est à la manière de traiter le poisson, à sa fraîcheur, à la justesse de sa cuisson, que l’on juge une table. Les filets d’espadon, accompagnés de légumes croquants, avaient été saisis à la seconde près pour être bien dorés tout en étant moelleux ; le bar a la plancha avait cette fermeté et ce fondant que seule peuvent conférer une pêche du jour et une cuisson millimétrée.
On sait combien l’art de la table est exigeant. Le plaisir qu’il donne passe par tous les sens, le goût et l’odorat, bien sûr, mais aussi l’ouïe – quelle musique prédispose-t-elle plus à la gourmandise que le tintement des verres et de l’argenterie, que le léger chuchotement des conversations feutrées ? – et enfin la vue. À la Brasserie, elle n’a pas été oubliée… Il y a d’abord le charme rétro du décor. Il y a ensuite le ballet admirablement chorégraphié des garçons et des maîtres d’hôtel, qui fait de la salle un théâtre permanent : service à la cloche, « plats-spectacles »

 

 

 

 

préparés devant les convives – comme ces volailles et ces poissons découpés dans d’ébouriffantes démonstrations de dextérité – tour de poignet magique du sommelier qui de sa vie n’a sans doute jamais laissé tomber la moindre goutte sur une nappe… Oui, décidément, l’illusion est parfaite. Et même si la carte offre quelques belles spécialités marocaines – briouates, méchoui, poulet M’Hamma, pâtisseries – on peine à croire que l’une des plus anciennes médinas du Maroc n’est qu’à quelques pas. Certes, on ne vient pas en touriste à Rabat pour s’attabler devant une choucroute ou un magret fumé. Mais quelles que soient les délices que lui offrent les pastillas, les tajines, les couscous et les cornes de gazelle, il arrive que le voyageur, saisi d’une subite nostalgie papillaire, se sente pour un soir l’appétit cocardier. Indiscutablement, c’est à la Brasserie qu’il devra alors se rendre…

Les plus
Un décor réussi
Un service remarquable
Une vraie cuisine de brasserie à l’ancienne

La Brasserie
Hôtel Sofitel Diwan, Place de l’Unité Africaine, Hassan, Rabat Tél. : +212 (0) 37 21 98 31

Cuisine française :
entrées de 40 à 130 Dh, plats de 120 à 130 Dh, desserts de
35 à 75 Dh, pâtes et omelettes de 55 à 75 Dh

Cuisine marocaine :
Formules à 140 Dh (entrée + plat ou plat + dessert) et 175 Dh (entrée + plat + dessert)
Vins marocains de 110 à 390 Dh, vins français de 165 à 680 Dh




Lolo Quoi

Lyon avait son Lolo Quoi, Marrakech a maintenant le sien et c’est tant mieux. Enfin un endroit où l’on peut prendre un verrre, dévorer des pâtes, déguster un dessert , écouter de la musique, s’accouder au comptoir pour manger sur le pouce… Bref, un endroit où l’on va sans hésitation pour son côté chic sur fond de minimalisme, un peu décalé et tellement élégant.
De la rue, la façade se veut sobre et discrète. À l’intérieur, comme un leitmotiv, sobriété et discrétion laissent penser que l’on pénètre dans un lieu peu ordinaire. À l’entrée, tel un sablier, un énorme glaçon égrène inlassablement des perles d’eau. Une étonnante composition de bougies et de tomates joufflues dessine sur le sol un parterre lumineux.
Oublieuse des modes et des tendances, la décoration traduit une réelle recherche et un véritable penchant pour l’originalité à travers le choix des matières brutes – béton, bois et fer blanc – et le parti pris de couleurs sombres – mobilier de bois noir, murs chocolat rehaussés çà et là d’aplats de feuilles d’or ou de maximes légères (« Pâtes, amour et fantaisie »…). Tels des mikados immatériels, des rais de lumières précisément orientés sur les tables créent des îlots intimistes où l’on s’empresse d’oublier la hauteur aérienne des plafonds. Sur chaque table, une amusante nature morte composée de farfalle, penne et fusilli – crus bien sûr – apporte une touche très naturelle à l’ensemble ; tout comme les suspensions, un assemblage de troncs de bois dénudés et d’ampoules aux allures de carillons japonais ; tout comme l’étonnante palissade flottante ; tout comme les appliques, de simples seaux en fer-blanc…

La cuisine est à l’image des lieux, sobre et sans fioritures. Pas de complications inutiles, pas de sauces noyant la médiocrité de l’imagination, mais des nourritures simples et loyales. Une option qui n’est pas, loin s’en faut, celle de la facilité. Il faut, pour la maîtriser, des produits d’une fraîcheur parfaite, un doigté exemplaire dans l’usage des assaisonnements, une créativité toujours en éveil pour ne pas lasser les appétits. Le tartare de saumon (80 Dh), délicatement assaisonné – huile d’olive et vinaigre balsamique – les farfalle au curry (70 Dh), qui présentaient un intéressant contraste entre le moëlleux des pâtes et le croquant des petits légumes d’accompagnement, et le faux-filet de bœuf (140 Dh), à la fois goûteux et d’une parfaite tendreté, se sont révélés plus que convaincants.
Mention spéciale pour le clin d’oeil à la cuisine lyonnaise avec un remarquable gratin de macaronis, ce mets sublime, à la fois si simple et si difficile à réaliser, et qui fit la gloire de la Mère Brazier. Mention également pour la côte de bœuf (210 Dh), dont le poids – entre 500 et 600 grammes – est bien représentatif de la générosité des assiettes.Les fraises au coulis de fruits rouges et le tiramisu au cacao du dessert ont clos avec bonheur un dîner de très bon aloi, rendu d’autant plus agréable que le service est courtois, rapide et souriant.
Signalons que la courte carte des vins – une trentaine de références – s’illustre par un côtes-du-rhône (250 Dh) de belle origine, puisqu’il est signé Guigal.

Les plus
Un service
quasi parfait
La possibilité
de manger au comptoir

Lolo Quoi
82, rue Hassan II, Marrakech
Tél. : +212 (0) 72 56 98 64
www.loloquoi-marrakech.com
40-42, rue Mercière 69002 Lyon
Tél. : +33 (0) 4 72 77 60 90

Par Carole Belhrach et Alexandre Villegruau. photo Mohamed Kamal

   
   
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